mercredi 19 décembre 2012

Suite...


Los Afroecuatorianos.

Ils sont principalement concentrés au nord du pays, dans la province d'Esmeralda et la vallée del Chota. En 2001, ils représentaient environ 5 % de la population. Ils sont arrivés au XVIème siècle depuis les Caraïbes, mais aussi de la Colombie, qui constituait un centre de regroupement. Leur situation actuelle reflète le poids historique de l'esclavage : discrimination, difficile reconnaissance de la culture, pauvreté, accès limité à l'éducation, au logement, au service de santé...

Les équatoriens sont-ils racistes ? Si 62% d'entre eux le pensent, seulement 9% considèrent en faire partie ! Dans l'imaginaire national toutefois, les « noirs » ont longtemps représenté (voire représentent encore) les pauvres ou serviteurs. A Nova par exemple, l'image prédominante est celle du noir au service du touriste. En ville, celle du mendiant, voire du stéréotype « noir-voleur ». C'est tout l'héritage de l'idéologie du « blancamiento »...

Néanmoins, la situation a évolué. La visibilité des peuples minoritaires est arrivée principalement grâce au football qui a révélé ses grandes vedettes. (Cf https://www.youtube.com/watch?v=Ip-XfUK4UG4) Une grande majorité de ces footballeurs, après s'être enrichis, ont créé des projets dans les villages les plus pauvres dont ils étaient originaires. La mise en place d'écoles, si elle est tout à fait louable, met toutefois en exergue les lacunes gouvernementales.
Depuis 2008, des initiatives ont néanmoins commencé à naître en Equateur : Plan National de Buen-Vivir, Conseils nationaux pour l'égalité... Malgré tout, l'impression que l'on peut avoir, c'est que le progrès vient surtout des associations, comme AfroAmerica, qui essaie depuis l'intérieur des communautés de faire valoir cette culture, qui tend à être oubliée.

dimanche 16 décembre 2012

Résumé de la conférence... Épisode 1 =)


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Les afrodescendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes




> Séminaire avec la participation de :
- Susana López (Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine, Paris)
- Charlotte Michel (Agrégée d’espagnol, Lyon)
- Lucie Dudreuil (Doctorante en études ibériques et ibéro-américaines à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3)
- Karen Armas Uquillas (Institut d'Études Politiques, Bordeaux)


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Les afrodescendants, Késaco ?

Le terme a été institutionnalisé pour la 1ère fois à Durban (Afrique du Sud) en 2001, puis reconnu par l'ONU en 2010. Pour Faviana del Popollo, les afrodescendants sont « tous les peuples et les personnes descendantes de la diaspora africaine dans le monde, les descendants des cultures noires et africaines qui ont survécu à la traite des esclaves ».
Il détermine 4 critères d'appartenance à cette communauté :
  1. la reconnaissance par l'individu de cette identité
  2. la possession d'un ancêtre commun
  3. la territorialité (qui permet de les distinguer des afro-américains)
  4. la dimension linguistico-culturelle.

L'Amérique Latine s'est constituée à partir de trois populations, successives chronologiquement : les indigènes, les colons européens, puis les africains, par la traite des esclaves dès le XVI ème. Ces sociétés sont donc de véritables carrefours de civilisation. Pourtant, les influences de chacune des communautés n'ont pas bénéficié de la même reconnaissance.
Ainsi, les afrodescendants ont contribué à l'enrichissement de la langue (le créole par exemple), de la religion (notamment à Cuba), de l'économie (par l'apport de main d’œuvre)... Cette contribution historique, doublée de leur contribution actuelle, n'a cependant pas ouvert à une grande visibilité.

On estime aujourd'hui qu'ils représentent entre 20 et 30 % de la population d'Amérique Latine et des Caraïbes, (selon une enquête du PNUD [2010]). Toutefois, cela met en exergue le manque de données précises. Dans la majorité des cas, cette ethnicité n'a en effet pas été reconnue avant les années 1980/1990.
On observe depuis une prise de conscience des gouvernements. Ainsi, à partir de l'année 2000, huit pays ont inclus dans les recensements une réponse sur l'auto-identification à cette communauté (Brésil, Colombie, Costa Rica, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua), suivis en 2010 par l'Argentine, l'Uruguay, le Panama et le Venezuela. C'est « un passeport vers la reconnaissance ».

Malgré tout, des inégalités économiques, sociales, et culturelles persistent : fort taux de chômage, faible accès à l'éducation et aux soins de santé, discrimination raciale dans la rue et les lieux publics...
Les femmes et les jeunes souffrent particulièrement de cette marginalisation.

mercredi 21 novembre 2012

Le Venezuela post-élection :




Adeline Joffres


     Pour ceux qui ont manqué la conférence, pour ceux qui ont dû partir avant la fin pour aller en sport ou pour les présents qui veulent s’en souvenir plus précisément : voici ici un résumé d’Assomérica Latina de tout ce qui a été dit ce jeudi 8 novembre !
Notre invitée, Adeline Joffres, ancienne de la maison, aujourd’hui doctorante à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle nous a apporté un éclairage important et majoritairement historique sur la situation du Venezuela. En sa qualité de membre du GEIVEN -le Groupe d’Études Interdisciplinaire sur le Venezuela - elle nous a aussi expliqué les différents enjeux  politiques entourant le pays.

    Il y a quelques semaines, le Venezuela a fait l’actualité et tous les regards se sont tournés vers les élections qui ont reconduit Chavez à la tête du pays. Cet intérêt pour le pays est croissant depuis 1998, date à laquelle le Venezuela est entré dans l’actualité internationale. L’effervescence médiatique qui entoure le pays est pourtant porteuse de contradictions : d’un côté elle est positive, mais d’un autre côté, elle est difficile à gérer car beaucoup d’informations contradictoires circulent à propos de la situation politique, et beaucoup d’entre elles contribuent à véhiculer des clichés parfois tenaces.

La conférence a donc été organisée en trois temps pour clarifier la situation : ‘‘Qui est Chavez?’’(1) et ‘‘Qu’est-ce le régime chaviste?’’(2) pour un peu d’histoire, puis un topo sur ‘‘les élections de 2012’’(3) pour finir.  Toute la lecture est en bas !

***

1] Qui est Hugo Chavez ?

     L’histoire de celui qui est appelé « el comandante » commence avec le coup d’État échoué de 1992.  Même si Chavez est actif depuis les années 1980 –date à laquelle il avait monté un groupe militaire à la mémoire de Bolivar à la gauche de l’échiquier politique, ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard qu’il frappera les mémoires vénézuéliennes. En 1992, la liberté des médias de l’époque lui permet de s’exprimer et de lancer un appel au peuple, à qui il promet de revenir bientôt. A partir de ce moment, un lien particulier est instauré avec le peuple. Lorsque Chavez est gracié de sa peine de prison, une foule l’attend à sa sortie. En 1997, c’est donc par l’arène démocratique qu’il décide de réaliser son projet de façon légale cette fois-ci. Le MVR (Mouvement pour la Vème République) est créé et Chavez remporte les élections avec 56,19% dans le cadre d’une alliance démocratique.
Une fois au pouvoir, Chavez baptise son projet Révolution Bolivarienne. En 1999, est créée une nouvelle Constitution qui porte la présidence à un mandat de six ans et qui transforme le Venezuela en République Bolivarienne. Cette Constitution est approuvée de façon large par un référendum. Depuis, Chavez a remporté toutes les élections présidentielles et son régime bolivarien a été à chaque fois re-légitimé par les scrutins depuis maintenant 14 ans.

« Le Coup d’État contre Chavez permet de verrouiller le système ».

On peut néanmoins distinguer plusieurs phases dans l’évolution politique de Chavez, car son projet a connu plusieurs évolutions et inflexions.
-Une phase un peu brouillée par le coup d’État en 2002 contre Chavez peut être décelée des années 2000 à 2004. C’est une phase de tension et de radicalisation du pouvoir, qui voit dans le coup d’Etat toutes les raisons pour verrouiller le système. Chavez rappelé au pouvoir va donc dès 2003 avoir des relations compliquées non seulement avec son opposition, mais aussi avec les États-Unis.
-Une phase de reconversion pour le régime en socialisme du XXIe siècle de 2004 à 2007. Cette reconversion sera basée sur les 5 moteurs du socialisme chaviste : la loi habilitante, l’explosion du pouvoir communal, l’éducation au premier plan, une nouvelle géométrie du pouvoir, une réforme constitutionnelle.


2] Le régime chaviste

     Le régime chaviste est difficile à caractériser, mais l’un de ces particularités distinctives est un déplacement de souveraineté vers le peuple. On trouve l’idée d’une démocratie participative en même temps que celle d’une société inclusive et socialiste. Pour Chavez, il faut inclure aussi les défavorisés dans la vie politique et les minorités dans la société et cela va se confirmer dans de nombreux changements symboliques : il rajoute une étoile de plus au drapeau pour rendre honneur à la province de Guyane qui contribua à l’indépendance du pays, le cheval se tourne désormais vers la gauche et les armes des indigènes sont rajoutées.

« Chavez, c’est le peuple »

Cependant, ce qui caractérise le plus le régime de Chavez est la référence perpétuelle et transcendante à Bolivar (pour qui Chavez laisse une chaise libre en réunion). Chavez se voit comme la réincarnation de Bolivar, mais aussi comme l’incarnation du peuple en son entier. Chavez, c’est le peuple. Cette transcendance explique notamment le fait que Chavez soit intouchable et l’attachement que le peuple a pour lui.
Avec le gouvernement Chavez, on voit aussi revenir des militaires à l’État, lesquels sont pourvus de postes administratifs. Cette évolution va en parallèle de l’idée de défense intégrale que défend le chef d’État –défense vis-à-vis de l’intérieur comme de extérieur. L’idée du complot n’est jamais loin. En 2009 sont créées les milices bolivariennes.

     Les stratégies internationales de Chavez sont peut-être celles qui font le plus couler d’encre. Les relations internationales de Chavez font élever de nombreuses critiques sur un éventuel isolement du Venezuela. Or, si cela est peu souvent remarqué, le Venezuela est très présent dans les instances internationales (ONU, BM, FMI), et cela parce qu’il fait partie de la coalition des Sud. Chavez a en effet une projection internationale de l’Amérique Latine qui passe par un besoin d’indépendance fondamental du continent.
De la même façon, le Venezuela est aussi regardé pour ses relations diplomatiques critiquables, avec la Chine ou l’Iran par exemple. Certaines relations lui ont même été très coûteuses comme avec la Libye ou la Syrie. Il ne faut pas oublier cependant la stratégie médiatique expliquant la mise en lumière de ces relations par le président. D’autres relations, comme celles avec l’UE sont volontairement plus discrètes (l’UE est le premier donateur d’aides au Venezuela).
Le Venezuela est pourtant un pays qui cherche à développer une image positive dans d’autres domaines : à travers l’UNASUR, le CELAC, ou pour son travail de convergence vers les objectifs du Millénaire et l’internationalisation de nombreuses missions (comme la mission Miracle ‘‘Milagro’’ avec Cuba et ses nombreuses politiques sociales en Amérique Latine et dans les Caraïbes).


3] Les élections 2012

     La campagne de 2012 a fait resurgir le message d’amour au peuple de Chavez. La campagne a été plutôt calme, avec d’un côté un Chavez malade et de l’autre un Capriles aux accents conciliateurs (car il avait le véritable défi de représenter l’opposition en sa seule candidature). Capriles devait rénover l’image de l’opposition qui s’était exprimée par des voies non légales (coup d’État de 2002) et qui s’était défilée en 2005 (pas de participation aux élections en signe de protestation). Finalement Chavez a remporté les élections avec un écart de plus de 1,5 millions de voix avec un taux de participation de 80% (la tendance étant clairement inversée pour les électeurs de l’étranger). Il faut néanmoins relativiser ces chiffres.

« L’opposition qui connaît une belle évolution »

Les résultats des élections de 2012 montrent en réalité que l’opposition connaît une belle opposition et l’analyse des chiffres dévoilent que le gain fait par celle-ci est plus fort que celui du chavisme qui au contraire a désormais tendance à stagner. La question d’une érosion du vote chaviste peut se poser. En effet, on observe une grande différence entre les scrutins où Chavez est directement impliqué et ceux où il ne l’est pas. Finalement, c’est la question du vote de reconnaissance qui est posée et particulièrement dans un contexte de questionnement sur la santé du président. La maladie mystérieuse du président renvoie aussi à la peur du changement brutal qui entraînerait la disparition de Chavez.

                                                                                                                                      Caroline. 



Nous remercions une fois de plus chaleureusement Adeline Joffres pour cette conférence, les nombreux étudiants qui sont venus l’écouter, et surtout… nous vous attendons encore aussi nombreux pour les prochaines conférences !


mardi 20 novembre 2012

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Ola!

Une petite réaction à l'édition du 7 novembre d'El Pais... [http://cultura.elpais.com/cultura/2012/11/07/actualidad/1352248167_483862.html pour ceux qui sont intéressés :) ]

Il y a 50 ans, la littérature latino-américaine connaissait le grand « Boom ». Le Pérou, l'Argentine, la Colombie, le Mexique, le Paraguay mais encore le Chili s'animaient, venant se diffuser jusqu'à l'Europe. Paris leur offrait alors la liberté dont ils ne pouvaient jouir. Ces écrivains, par la plume, étaient en quelque sorte de fabuleux résistants à l'oppression. « Leerlos fue sentir la libertad ». (Les lire, c'était sentir la liberté). Mais pour cela, le « Boom » c'était aussi, inévitablement, la volonté de rompre avec leurs sociétés, leur pères littéraires.

Aujourd'hui, les nouveaux auteurs latino-américains, dans la Cathédrale Vargars Losa, donnent leur point de vue sur le mouvement. Désormais, la paix est plus ou moins revenue. Les valeurs du boom se sont imposées. La nécessité de la violence, alors, n'est plus si évidente : « Pues yo creo que no hay que matar a nadia. Ni en sentido figurado ! » (Je ne crois pas qu'il faille tuer qui que ce soit. Ni même au sens figuré!)
La littérature peut s'autoriser à ne plus condamner, sinon à consacrer. Consacrer quoi ? La vie, simplement. Le fait d'en jouir pleinement. Puisque, comme le dit l'un d'entre eux, « De hecho, yo leo para vivir mas » (En fait, je lis pour vivre plus).

Aujourd'hui aussi, AssoMericaLatina renaît à travers l'écriture. Le réseau n'a jamais cessé de fonctionner, mais il reprend une plume. Une plume ou plutôt un clavier, pour faire à son tour le lien, entre ici et cet ailleurs ensoleillé. Un lien pacifique et festif, un échange qui n'enchaîne pas, un cercle dans lequel tout le monde est invité...
À très bientôt, donc !

Ps :
Sur le blog, très prochainement, le résumé de la conférence du 8 novembre post-élections de Chavez, avec …
A l'IEP, jeudi 29 novembre, à 14h30, une conférence sur la place des noirs en Amérique du Sud... Venez nombreux !

Lola Landret.

samedi 27 novembre 2010

MIGRATIONS LATINO AMÉRICAINES (II)

A l'occasion de la projection pédagogique du long métrage colombien de Simon Brand "Paraiso Travel" (2008) qui a eu lieu à Sciences Po Bordeaux le jeudi 25 novembre 2010, Assomérica Latina en profite pour vous proposer un petit panorama chiffré des migrations latino américaines...


MIGRATIONS LATINO AMÉRICAINES (II)
PAYS DE DÉPART ET PAYS D'ACCUEIL

Comme disent les Chicanos : « Ce n’est pas nous traversons la frontière, c’est la frontière qui nous traverse"


L’exemple des Haïtiens

D’autres effectuent des migrations internes dans la région, comme les Haïtiens employés comme travailleurs agricoles (braceros) dans les plantations de canne à sucre de la République dominicaine. On estime à 2 millions le nombre d’Haïtiens dans le monde, entre 600 et 800 000 en République dominicaine, de 40 à 60 000 aux Bahamas, 15 000 en Guyane, 15 000 à Saint-Martin, 10 000 en Jamaïque, 1000 au Venezuela, 1000 à Cuba… Hors de la Caraïbe, on les retrouve aux Etats-Unis (800 000), au Canada (150 000), en France et dans les autres pays européens (60 000). La crise politique, la francophonie, la situation économique, la proximité géographique avec des pays plus riches sont à la source de cette intense mobilité.


Les pays d’accueil : Argentine, Brésil, Venezuela, Chili

En 1991, 1,6 million de Latino-Américains étaient nés à l’étranger dont la moitié dans un autre pays d’Amérique latine.

  • Malgré la crise économique, des années 1990, l’Argentine demeure un pays d’accueil.
  • Le Venezuela attire encore des migrants européens mais aussi de toute la région du fait du boom pétrolier (dont environ un million de Colombiens en 2007).
  • Le Brésil est également l’un des pays d’accueil du continent.
  • Le Chili est un pays d’immigration pour les Péruviens, mais aussi, à l’instar du Brésil, un pays de départ : 400 000 Chiliens vivent à l’étranger.
  • En Amérique centrale, le Costa Rica attire car il offre le plus haut niveau de développement relatif, notamment pour les Nicaraguayens et les Salvadoriens.
  • Sur le continent sud-américain, la Guyane, plus riche que ses voisins, est l’eldorado des clandestins. 9 700 reconduites à la frontière y ont été opérées en 2006.
  • En Espagne, où les Sud-Américains sont passés de 200 000 à 1,5 million de 1996 à 2005, ils sont devenus la première minorité étrangère, devant les Maghrébins. Le service domestique a été la principale voie d’entrée sur le marché du travail mais les jeunes diplômés tentent aussi leur chance.

Le Mexique: pays d'accueil... et de départ

Premier foyer mondial d’immigration, le Mexique est le premier pays de départ vers les Etats-Unis, où vivent 6 millions de Mexicains. En 2005, ils ne représentaient plus toutefois que 15% des flux, contre 25% entre 1990 et 2004, car l’immigration aux Etats-Unis s’est diversifiée au profit des Chinois et des Indiens. Le Mexique est aussi le numéro un mondial des transferts de fonds, seconde ressource du pays après le pétrole. 97% des remises proviennent des Etats-Unis. Pour dissuader les illégaux de traverser les frontières, les Etats-Unis ont créé des maquiladoras, entreprises installées au Mexique en franchise aux salaires plus élevées que dans le reste du pays mais plus faibles qu’aux Etats-Unis.

La construction d’un mur dit « de l’humiliation » sur le tiers des 30000 kilomètres de sa frontière sud (1 120km) a été votée par le Congrès américain en 2006 pour 1,2 milliards de dollars. La mise en place de 6 000 gardes nationaux pour renforcer la frontière, les 14 000 reconduites à la frontière effectuée de janvier à septembre 2006 et l’abandon du projet américain de régularisation des clandestins ne semblent pas avoir dissuadé les passages. Quelque 400 000 Mexicains et 100 000 ressortissants centraméricains tentent chaque année l’aventure. Le contrôle renforcé de la frontière a eu pour effet de faire monter les prix et de faire du Mexique un pays d’immigration et de transit pour ceux qui n’ont pas réussi à passer : réfugiés cubains vers les Etats-Unis (10 000 contre 75 000 par voie maritime), migrants d’Amérique centrale.


Les pays de départ : Pérou, Equateur, Colombie, Guatemala, Honduras et les pays caribéens.

  • La région andine est, depuis une vingtaine d’années, en proie à de nombreux troubles : guérillas armées, crises politiques et économiques, trafics de drogue. Le Pérou a été le premier pays touché par la crise, avec des départs qui se sont multipliés par trois entre 1980 et 1990. Les migrations équatoriennes surviennent dix ans plus tard (3 millions, dont 52% de femmes). La Colombie, malgré la violence (Farc), accueille 40% des émigrés de la région, mais est aussi une terre de départs (10% de sa population). Un dixième de la population de ces trois pays andins habite à l’étranger.
  • Le Guatemala et le Honduras ont subi des flux et reflux migratoires liés aux aléas politiques. Près d’un million de leurs ressortissants ont demandé l’asile aux Etats-Unis depuis dix ans.
  • Les quinze pays indépendants des Caraïbes connaissent un taux d’émigrations très élevé. Il existe des mouvements intracaribéens (République dominicaine, Antilles françaises et anglophones, Venezuela) et extracaribéens (Amérique du Nord, Europe, Afrique).

Historiquement, cette région a été marquée par un peuplement autochtone, exogène (Europe, Inde) et par l’esclavage. Les difficultés actuelles sont liées à la reconversion de l’économie de la plantation et à une pression démographique assez forte, alliées parfois à des crises politiques. La main d’œuvre locale fut autrefois fortement sollicitée par les pays européens qui avaient des liens historiques avec elle pour la reconstruction d’après 1945 (France, R-U, Pays-Bas). Aujourd’hui les Etats-Unis et le Canada attirent davantage.


Rédaction: Antoine Lelarge


dimanche 21 novembre 2010

MIGRATIONS LATINO AMÉRICAINES (I)

A l'occasion de la projection pédagogique du long métrage colombien de Simon Brand "Paraiso Travel" (2008) à l'Institut d'Etudes Politiques jeudi 25 novembre 2010, Assomérica Latina en profite pour vous proposer un petit panorama chiffré des migrations latino américaines...

MIGRATIONS LATINO AMÉRICAINES (I)
CHIFFRES, DYNAMIQUES ET FACTEURS EXPLICATIFS


« Certains, pour avoir refusé ce qu’ils n’aimaient pas de ce qu’ils aimaient

Parce qu’ils n’acceptèrent pas de changer de temps changèrent de terre

Leurs raisons étaient les larmes. »

Pablo Neruda. Fins de monde, Exils


Les migrations latino-américaines en chiffre


· 25 millions de Latino-Américains résident en dehors de leur pays de naissance.

· 13% des migrants dans le monde sont Latino-Américains.

· Les remesas ont représenté 62,3 milliards de dollars en 2006 pour l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes.


Un processus migratoire en quatre étapes

Selon, Adela Pellegrino, historienne et démographe à l’université de Montevideo, l’histoire des migrations en Amérique latine a suivi une évolution partagée en quatre étapes :


· La première étape (« la colonisation »), qui démarre avec la conquête et s’achève avec l’indépendance, est caractérisée par un processus d’incorporation des populations provenant des territoires métropolitains (principalement d’Espagne et du Portugal, auxquelles s’ajoute la population africaine soumises à l’esclavage.


· La deuxième (« l’immigration européenne ») s’étend du milieu du XIXème siècle jusqu'au début du XXème, période pendant laquelle les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (et plus particulièrement la région sud du continent) reçoivent une partie du grand courant d’émigration européenne.


· La troisième phase (« les mouvements internes et frontaliers »), située entre les années 1930 et le milieu des années 1960, marque l’émergence de mouvements internes de population vers les grandes métropoles, phénomène majeur qui se poursuit encore aujourd’hui. La migration internationale acquiert alors son caractère régional et frontalier, fonctionnant comme complément de la migration interne.


· La quatrième et dernière époque (« l’émigration») se dessine dans les ultimes décennies du XXème siècle, pendant lesquelles le solde migratoire tombe durablement dans le négatif et l’émigration s’oriente massivement vers les Etats-Unis ou les autres pays développés. Parallèlement, les évolutions politiques contribuent au retour des anciens émigrés politiques (Chiliens et Argentins, rentrés vers leurs pays ayant retrouvé la démocratie).


Les facteurs explicatifs

Ce sont, le plus souvent, les guerres, l’instabilité politique, les catastrophes naturelles et la pauvreté qui sont à l’origine des départs.

Les migrations latino-américaines traduisent également les changements survenus dans le contexte social et économique. Par exemple, l’Uruguay, pays d’immigration pendant la plus grande partie du XXème siècle, possède aujourd’hui un taux net d’émigration positif. Il reste que les motivations influant dans la décision d’émigrer pèsent de manière différente pour chacune des communautés. Les affinités culturelles avec les sociétés d’accueil, les critères économiques (43% de la population d’Amérique latine vit en dessous du seuil de pauvreté et 95 millions de personnes se trouvent en situation d’extrême pauvreté), la prise en compte des évolutions politiques ou la densité des réseaux se répercutent sur les choix des migrants. Cet ensemble de facteurs obligent à nuancer l’idée d’un processus homogène. La migration latino-américaine revêt plusieurs formes et modalités, et c’est pour cette raison que nous préférons parler de « migrations latino-américaines » au pluriel.


La manne des « remesas »

Les remises ont représenté 62,3 milliards de dollars en 2006 pour l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes, en hausse de 14% par rapport à 2005. Elles alimentent principalement le Mexique (25 milliards de dollars), le Brésil (7,4 milliards) et la Colombie (4,2milliards). Le Guatemala, le Salvador, l’Equateur ou le Pérou touchent chacun environ trois milliards de dollars par an, soit davantage que les aides financières apportées à la région. Ces transferts servent surtout à améliorer le niveau de vie des ménages.

Rédaction: Antoine Lelarge


POUR PLUS D'INFORMATIONS SUR L'EVENEMENT DU JEUDI 25 NOVEMBRE - MERCI DE VOUS RENDRE SUR LE GROUPE "ASSOMERICALATINA" SUR FACEBOOK OU DE NOUS CONTACTER PAR MAIL: assomericalatina@gmail.com

dimanche 14 novembre 2010

Populisme : le cas de l’Equateur

Le point de vue de Karen, étudiante équatorienne à Sciences Po Bordeaux

« Chauffeurs de taxi, vendeuses de journaux, cireurs de bottes, employés de bureau... Tous – en tout cas beaucoup – croient en ce projet conduit par le chef de l’Etat [Rafael Correa]. Dans un pays qui a connu huit présidents en dix ans, ils ne font aucune confiance au Congrès, qu’ils considèrent comme incompétent et corrompu. »

Hernando CALVO OSPINA. « Champ libre pour transformer l’Equateur », Le Monde Diplomatique - novembre 2007

Cette citation reflète une réalité caractéristique du profil général de l’Amérique Latine ces dernières décennies, et entres autres de l'Equateur marqué ces dernières années par une forte instabilité politique.Cette instabilité a permis la montée d’un populisme qui entend séduire les masses défavorisées, les groupes les plus démunis en sorte qu’elles portent au pouvoir la figure paternaliste du moment. Un leader charismatique dont les offres et promesses contredisent le discours traditionnel des élites « illégitimes, corrompues, fauteuses de décadence ». En Equateur, le populisme n’est pas la cause des défaillances du système politique mais plutôt une de ses conséquences :

« La renaissance du populisme depuis une vingtaine d’années signale une crise de la démocratie représentative... La présence du populisme est assimilable à un accès de fièvre. Et si la fièvre est symptôme de maladie, elle n’est pas, en elle-même, la maladie. »

Alexandra DORNA,« Faut-il avoir peur du populisme ? », Le Monde Diplomatique, novembre 2003.


Conceptualisation : du peuple au populisme

Le populisme ne représente pas un fait nouveau : déjà en 1870, il désignait le mouvement socialiste « Naradnitchestvo » en Russie, le poujadisme ou le boulangisme en France. Le champ de définition du populisme est large et peut prendre différentes facettes. Cependant soit à droite soit à gauche, dans le présent ou dans les faits historiques, toute analyse est basée sur le peuple. Comme le précise Jean-Michel VIENNE, auteur du Populisme aujourd’hui, il peut s’agir du « petit peuple » de Marx, à savoir les classes inférieures, le prolétariat ; ou du peuple organisé qui sera pour Locke et Rousseau le lien souverain à même de fonder l’Etat ; enfin il peut s’agir du peuple ignorant et incompétent critiqué par Platon, Montesquieu ou Rousseau. « Comme une multitude aveugle qui souvent ne sait qu’elle veut » Rousseau, Du Contrat Social II, VI.

Le glissement constant d’un sens à l’autre est inévitable ; chaque sens donne lieu à des relations différentes mais l’existence d’un collectif avec une valeur reste l’élément commun. Ainsi dans le populisme on peut partir d’une base commune mais ce serait une erreur de prendre le peuple comme une réalité stable pour trouver une définition à tous les cas. Il ne faut pas essayer de réduire le concept pour pouvoir le comprendre plus facilement. Ainsi, nous pouvons retenir une définition du populisme proposée par Alexandra DORNA dans son article « Faut-il avoir peur du populisme ? »: « Le discours populiste correspond à une forme directe d’appel aux « masses », dont la nature, les intentions et les conséquences relèvent d’une appréciation idéologique ».


Formes modernes du populisme en Amérique Latine

En Amérique Latine « l’appel aux masses » s’adresse souvent aux groupes défavorisés. Ce discours est généralement incarné par une figure charismatique, un leader paternaliste qui cherche à se rapprocher du peuple et qui promet d’être la voix politique dont il a été privé :

« L’énergie étant contagieuse, le charisme joue un rôle antidépressif. Car c’est le jeu de la séduction, du contact direct et chaleureux qui permet de mobiliser et d’organiser un peuple résigné mais en colère »

Alexandra DORNA,« Faut-il avoir peur du populisme », Le Monde Diplomatique, novembre 2003.

La stratégie commune est d’instaurer la vision d’un monde en décadence, de renforcer les peurs les plus primaires et de révéler les « vérités cachées ». Une vision plus négative parle du populiste comme le manipulateur des désorientés, crédules et ignorants ; la populace dont ont a parlé dans le début de cette partie. A tout cela s’ajoute la pratique de plus en plus fréquente de l’utilisation des médias la radio et la massification « du marketing télévisuel ».

Le cas de l’Equateur

En Equateur le populisme reprend ces caractéristiques et a été fortement présent ces dernières années à cause surtout des gouvernements faibles et corrompus. En effet depuis 1996, trois présidents ont été élus mais aucun d’entre eux n’a terminé son mandat. De grandes mobilisations sociales et des arrangements entre élites ont conduit a la destitution du président Abdalá Bucaram en février 1997, qui entouré des hommes les plus riches du pays, proposait un « gouvernement des pauvres ». Avec le même contexte et des soulèvements indiens renforcés, Jamil Mahuad, qui fut maire de Quito, a été destitué en 2000. En 2005 l’ex-général Lucio Gutierrez, qui a conduit les révoltes contre Jamil Mahuad, a été révoqué par voie extra-institutionnelle. Les élections de 2006 donnent le pouvoir à l’économiste Rafael Correa qui a débuté sa participation dans le mouvement nommé « los forajidos » qui a joué un rôle décisif dans de la destitution de Lucio Gutierrez un an plus tôt.

Pour certains auteurs, l’instabilité est liée à la fracture régionale du pays… D’autres travaux tentent de caractériser le système politique en mettant en avant la forte polarisation idéologique et le comportement centrifuge des élites, le fonctionnement patrimonial de la politique, le changement constant du système électoral, ainsi qu’une fragmentation élevée qui empêche la formation des majorités au Congrès et/ou d’un gouvernement fort. A tout cela s’ajoute le fait que l’électorat a toujours retiré son appui au parti gouvernant, on constate que la position idéologique des équatoriens n’est pas déterminée. Il existe une critique constante de la classe politique traditionnelle. Et pour cela la stratégie de campagne la plus performante est celle qu’on appelle dans l’actualité « la cholocracia populista » : qui recherche l’appui électoral des paysans pauvres, travailleurs informels, des groupes les plus défavorisés ainsi que des militaires. Mais malheureusement, au moins en Équateur, tous ces candidats ont déçu tour à tour ces électeurs.

C’est la réalité d’un peuple, mais aussi d’un continent qui essaie petit à petit surmonter le sous développement et les inégalités sociales. Mais pour l’instant, quelle solution pour sauver la démocratie et la crédibilité populaire dans la politique ? Le populisme n’est pas la cause d’une crise du système politique, il est l’indicateur d’un problème de fond : une population qui n’est pas suffisamment formée pour construire et prendre en main son destin politique. J’aimerais conclure cette analyse en reprenant la réflexion de Jean-Michel VIENNE dans son ouvrage Le Populisme aujourd’hui :

« La conduite du peuple doit se faire à travers la politique, l’éducation populaire et l’action culturelle. (…) La politique et l’éducation populaire est ce qui permet au peuple d’exister comme créateur de ses propres structure, c’est á dire comme source de politique ».


Rédaction: Karen Armas Uquillas